
Maya Larguet

Maya Larguet





Hélène Colau
"Porte à Porte"
du 31 mai au 25 juin 2010

@ Uriel Jaouen-Zréhen
à
Confluences
190, Boulevard de Charonne
75020 Paris
Métro : Alexandre Dumas
Les portes de Paris sont des zones de flux en pleine mutation que tout le monde traverse mais où l'on s'arrête rarement. Pourtant elles fourmillent de vie et d'activités.
Qui habite, qui travaille dans ces espaces de transit entre la capitale et sa banlieue ?
Que nous racontent ces lieux souvent chargés d'histoire
au sujet de Paris et de sa banlieue proche ?
A travers ces images, c'est ce que nous souhaitons vous faire découvrir.
Sous la direction de la réalisatrice Julia Cordonnier,
une dizaine de jeunes photographes ont confronté leurs regards
sur les portes de Paris.
Composée d'une quarantaine de tirages 40X60 et 30X40 et d'un film de 20 minutes,
cette exposition est préfacée par l'écrivain Philippe Vasset auteur, entre-autres,
de Un livre blanc et de Journal intime d'un marchand de canons
(tous deux publiés chez Fayard).
Au plaisir de vous y rencontrer.
Exposition Porte à Porte à Confluences du 31 mai au 25 juin 2010
LA GALERIE PHOTO de Confluences est ouverte
du lundi au vendredi de 10h à 18h
et tous les soirs de représentations.
ENTRÉE LIBRE
Pour plus de renseignements elise@confluences.net
Mon approche de la porte de la Villette s'est construite sur un socle ayant pour matière le passé. Mon passé. Mes impressions d'aujourd'hui ne peuvent se défaire de celles de mon enfance, la cité des Sciences en étant l'un des lieux récurrents : c'est par elle que je découvrais la porte de la Villette.
Je me souviens avoir joué des dimanches après-midis entiers sur l’immense toboggan en forme de dragon ; en fin de journée, nous allions avec ma mère et ma sœur boire un chocolat chaud dans un des cafés qui longent l’avenue Corentin Cariou. Puis les joues encore rouges et les jambes lourdes nous rentrions non loin de là, à Barbès, la tête pleine de souvenirs et d’appréhension car le départ de la Porte de la Villette signifiait aussi pour moi la fin du week-end.
C'est donc envahi par des impressions Proustiennes que commençait ma nouvelle rencontre avec cette porte. Et, comme par un magnétisme étrange dicté par mon enfance, je me suis donc dans un premier temps dirigé vers la Cité des sciences, à la recherche de ce qui faisait la magie de cet endroit et de mes souvenirs. Or la magie des lieux disparaît aussi vite que disparaît la magie de l’enfance.
Attiré par une réalité autre que celle un peu trop naïve de la jeunesse, j’ai décidé de me retirer de la cité des sciences, pour me diriger vers le métro. Ici ce qui m'a le plus sauté aux yeux, ce sont les travaux. Ceux-ci s’engagent sur toute la longueur du Boulevard Mac Donald et annoncent un bouleversement du paysage actuel. En marge de ces travaux, des panneaux affichent une image numérique largement embellie, celle de la future porte. Au programme, verdure et transports écologiques prendront la place de la grisaille des murs et de la pollution occasionnée par le va-et-vient ininterrompu des voitures.
En attendant, les murs du périphérique suintent l'humidité ambiante et un liquide ocre est vomi par ces imposants murs-frontières. Les rails de la petite ceinture sont entièrement investis par la peinture colorée des graffeurs noctambules. Tandis que la nuit, l'oeil est piégé, comme le serait un insecte, par l'éclatante luminescence des lumières de la pub-ville.
Une foule fuyante et discrète traverse la porte de la Villette. Familles nombreuses, barmen, bouchers de l’Avenue Corentin Cariou, musiciens du GlaZ’art, employés des grandes entreprises locataires de la tour Daewoo, ouvriers acteurs du changement morphologique du quartier, Sans-abris qui attendent en grelottant de froid l’arrivée du bus qui doit les conduire dans le foyer d’hébergement de Nanterre, toxicomanes en pleine errance hallucinatoire, familles de gens du voyage portant d’énormes cabas… Tous se croisent et ne se regardent pas aux abords de la porte de la Villette.
Samuel Dessons
Portes dérobées
Paris ne s’offre pas par ses portes : la majorité des visiteurs préfèrent glisser sous la ville et émerger aux endroits connus, identifiés, célébrés. Aller voir aux portes de Paris, comme l’ont fait les jeunes explorateurs emmenés par la réalisatrice Julia Cordonnier, c’est regarder sous les jupes de la métropole : tout est simultané, rien n’est mis en scène. Dans ces lieux coexistent, comme dans les tableaux cubistes, toutes les dimensions de Paris : les énormes infrastructures routières et les sentiers ménagés dans la boue, les sièges sociaux et les tentes des SDF, les affiches publicitaires et les graffitis, les puces, les cirques et les camionnettes de prostituées. Ce trop plein empêche la pose : impossible d’isoler un élément dans la profusion, il faut se résoudre à laisser les flux déborder les images et les détails contredire les premiers plans. Aux portes, les appels d’air ébouriffent les passants, dispersent les groupes et font bifurquer les histoires. On est ici et ailleurs, on est dehors et dedans : inutile de pénétrer plus avant, celui qui se tient au seuil des portes connaît déjà tout de la ville.