vendredi 21 mai 2010

EXPOSITION Porte à Porte à Confluences

Backstreet Productions et Extra-Muros
présente

"Porte à Porte"

du 31 mai au 25 juin 2010


@ Uriel Jaouen-Zréhen


à

Confluences

190, Boulevard de Charonne

75020 Paris

Métro : Alexandre Dumas


Les portes de Paris sont des zones de flux en pleine mutation que tout le monde traverse mais où l'on s'arrête rarement. Pourtant elles fourmillent de vie et d'activités.

Qui habite, qui travaille dans ces espaces de transit entre la capitale et sa banlieue ?

Que nous racontent ces lieux souvent chargés d'histoire

au sujet de Paris et de sa banlieue proche ?

A travers ces images, c'est ce que nous souhaitons vous faire découvrir.


Sous la direction de la réalisatrice Julia Cordonnier,

une dizaine de jeunes photographes ont confronté leurs regards

sur les portes de Paris.

Composée d'une quarantaine de tirages 40X60 et 30X40 et d'un film de 20 minutes,

cette exposition est préfacée par l'écrivain Philippe Vasset auteur, entre-autres,

de Un livre blanc et de Journal intime d'un marchand de canons

(tous deux publiés chez Fayard).


Au plaisir de vous y rencontrer.



Exposition Porte à Porte à Confluences du 31 mai au 25 juin 2010


LA GALERIE PHOTO de Confluences est ouverte

du lundi au vendredi de 10h à 18h
et tous les soirs de représentations.

ENTRÉE LIBRE

Pour plus de renseignements elise@confluences.net


vendredi 2 avril 2010

LA PORTE DE LA VILLETTE vue par Samuel

Mon approche de la porte de la Villette s'est construite sur un socle ayant pour matière le passé. Mon passé. Mes impressions d'aujourd'hui ne peuvent se défaire de celles de mon enfance, la cité des Sciences en étant l'un des lieux récurrents : c'est par elle que je découvrais la porte de la Villette.

Je me souviens avoir joué des dimanches après-midis entiers sur l’immense toboggan en forme de dragon ; en fin de journée, nous allions avec ma mère et ma sœur boire un chocolat chaud dans un des cafés qui longent l’avenue Corentin Cariou. Puis les joues encore rouges et les jambes lourdes nous rentrions non loin de là, à Barbès, la tête pleine de souvenirs et d’appréhension car le départ de la Porte de la Villette signifiait aussi pour moi la fin du week-end.

C'est donc envahi par des impressions Proustiennes que commençait ma nouvelle rencontre avec cette porte. Et, comme par un magnétisme étrange dicté par mon enfance, je me suis donc dans un premier temps dirigé vers la Cité des sciences, à la recherche de ce qui faisait la magie de cet endroit et de mes souvenirs. Or la magie des lieux disparaît aussi vite que disparaît la magie de l’enfance.

Attiré par une réalité autre que celle un peu trop naïve de la jeunesse, j’ai décidé de me retirer de la cité des sciences, pour me diriger vers le métro. Ici ce qui m'a le plus sauté aux yeux, ce sont les travaux. Ceux-ci s’engagent sur toute la longueur du Boulevard Mac Donald et annoncent un bouleversement du paysage actuel. En marge de ces travaux, des panneaux affichent une image numérique largement embellie, celle de la future porte. Au programme, verdure et transports écologiques prendront la place de la grisaille des murs et de la pollution occasionnée par le va-et-vient ininterrompu des voitures.

En attendant, les murs du périphérique suintent l'humidité ambiante et un liquide ocre est vomi par ces imposants murs-frontières. Les rails de la petite ceinture sont entièrement investis par la peinture colorée des graffeurs noctambules. Tandis que la nuit, l'oeil est piégé, comme le serait un insecte, par l'éclatante luminescence des lumières de la pub-ville.

Une foule fuyante et discrète traverse la porte de la Villette. Familles nombreuses, barmen, bouchers de l’Avenue Corentin Cariou, musiciens du GlaZ’art, employés des grandes entreprises locataires de la tour Daewoo, ouvriers acteurs du changement morphologique du quartier, Sans-abris qui attendent en grelottant de froid l’arrivée du bus qui doit les conduire dans le foyer d’hébergement de Nanterre, toxicomanes en pleine errance hallucinatoire, familles de gens du voyage portant d’énormes cabas… Tous se croisent et ne se regardent pas aux abords de la porte de la Villette.

Samuel Dessons

jeudi 11 février 2010

LA PORTE DE PANTIN vue par Winnie



Une poésie est palpable à la Porte de Pantin, aux détours de ses rues. 
Lors de mes virées nocturnes, ce qui défilait sous mes yeux me conduisait de rues en rues comme tirée par un fil. Sous le pont du périphérique, j’ai aimé m’attarder sur le passage des piétons, ce défilé entre l’ombre et les néons. Des rythmes lents et furtifs se succèdent et se mêlent. Les vieux loubards aux longs impers, une canne sous le bras précèdent les silhouettes nonchalantes au loin. Les façades aux couleurs criardes des chantiers mettent en scène les passants pour composer un bal de nuit. 

C’est agréable de voir ce monde en transit qui évolue au milieu du trafic. C’est comme un manège ou un film tourné dans le cadre insolite de la porte et de ses abords. Les acteurs sont les passants, des feux follets qui ne brillent qu’une seule fois.

Quand la rue est généreuse et bavarde, il suffit de faire un pas pour se retrouver face à une scène forte. De toute manière, tu le sens quand la ballade prend fin… Les rues finissent par te signifier qu’il est temps de rentrer chez toi tant que c’est encore agréable, sans quoi une tension pourrait naître et tu n’y verrais plus rien à cause de la peur.

Winnie Goma

jeudi 28 janvier 2010

PORTES D'AUBERVILLIERS et de LA CHAPELLE vues par Sofien



Il était une fois un voyage aux portes de Paris…

Durant ce voyage, j’ai rencontré la fameuse,
la plus célèbre, la plus décriée,
La Chapelle, la grande, la fière, la Reine du 18ème !

Les travaux du tramway et du métropolitain
transpercent la belle de part en part.
Dame la Chapelle s’offre un nouveau visage
Avec ces ouvriers qui l’opèrent en plein ciel,
Sous les yeux d’un SDF hollandais
venu chercher le soleil de Paris.

« Où es-tu l’ami depuis que le SAMU t’a emmené à l’hôpital, le lendemain de notre rencontre ? »

Car Madame est le passage obligé
Vers Paris, vers la ville et la vie, et j’y photographie
des gens dans tous leurs états et de tous les états :
Venus d’ici ou d’ailleurs,
ils n’en reviennent pas d’être là.

L’Accueillante est percée aux flancs
par l’immense Boulevard Ney,
Pernicieux, sulfureux, vivant, politique
Comme ses contrôles de police.
A cause de lui, Dame la Chapelle
ne s’est plus où donner de la tête
Et parfois se fatigue et nous avec.

Je l’ai quittée triste mais sans remords,
Pour rejoindre Dame Aubervilliers
Plus vaste et plus mystérieuse encore
Baladant les gens en tous sens,
Simple badaud ou exilé,
Au gré de ses chantiers,
Car elle aussi se refait une beauté.

« D’où venais-tu jeune femme demandant l’asile, aperçue derrière les grilles de la préfecture de police ? »

Je sais ici ce qui me plaît
C’est elle, la Dame préférée
Des petits et des grands
qui ont gardé un cœur d’enfant
Les amis des clowns et des funambules en tous genres
qui se retrouvent au cirque Diana Moreno.

Sofien Murat

mercredi 20 janvier 2010

LA PORTE DES LILAS vue par Linda




La porte des Lilas est en plein travaux, on y réaménage toute la place. L’architecture est moderne, on y trouve le siège social de Pôle Emploi, une cité universitaire, quelques grands magasins et une grosse station d’autobus. Les gens qui traversent cet endroit sont les étudiants de la cité U, les chauffeurs de la RATP, des habitants du vingtième arrondissement de Paris et des villes voisines, des hommes et des femmes d’affaires qui travaillent dans les bureaux des grandes entreprises installées à la porte. 

Quand je suis arrivée la première fois avec le 249 à la Porte des Lilas, le terminus du bus, j’ai été frappée par le monde qui circulait à cet endroit à pied et en voiture. Au début, j’avais du mal à prendre des photos. Le stress m’envahissait ! La peur de photographier des personnes sans leur consentement me donnait une angoisse qui grandissait quand ils s’apercevaient que je les photographiais ! Finalement j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allée demander à un groupe de jeunes femmes si elles voulaient bien que je les photographie. Elles ont d’abord hésité puis elles ont accepté quand je leur ai expliqué notre projet. Plus loin, deux jeunes filles se remaquillaient discrètement dans la rue. Je les ai photographiées dans ce moment d’intimité. A ce moment-là, j’ai entendu un klaxon. Je me suis retournée et j’ai vu le chauffeur d’un bus de la RATP me faire signe. Je me suis approchée de lui et il m’a demandé pourquoi je prenais ces jeunes filles en photo. Je lui ai expliqué vite fait et là une petite voix m’a dit : 
« Linda, demande-lui si tu peux le photographier lui aussi ! » Il a accepté et la photo que j’ai faite de lui est l’une de mes plus belles photos. J’ai beaucoup aimé traverser cet endroit en tout sens pendant des jours. Je suis même allée jusqu’à la porte du pré Saint Gervais où j’ai découvert Notre Dame de Fatima, une très belle église.
Porte des Lilas, je n’ai pas fait attention aux noms des places ou des rues. J’ai plus fait attention aux personnes qui circulent à la porte et eux ont fait attention à moi, une jeune femme qui traverse l’endroit en tout sens et photographie la vie autour d’elle.

Linda Lollia

mardi 29 décembre 2009

LA PORTE DE LA VILLETTE vue par Adeline



Pour moi, la Porte de la Villette, c’était avant tout : la Cité des Sciences, un grand espace vert, le Zénith. De la culture et de la verdure…
Mais ce jour-là, quand je sors du métro pour ma première ballade photographique, je découvre un capharnaüm kafkaïen. Avec ces barrières de chantier partout, ces matériaux entassés sur les trottoirs et la chaussée, j’ai le sentiment d’une prison dans la ville. Les passants serpentent dans ce gigantesque labyrinthe gris. Ainsi sonne l’heure du ravalement pour nos rues, nos trottoirs et nos égouts ; ainsi s’ouvre la voie du progrès avec la construction du tramway !
Sous le coup de cette multi-rénovation urbaine, il devient dur de ne pas se perdre en chemin. 
Des baroudeurs non avertis me demandent l’emplacement des nouveaux arrêts de bus. Je suis assimilée à une « ancienne du quartier » qui immortalise les changements. On me demande ce que je fais, pourquoi… Suis-je de la police ou une envoyée de la mairie qui vérifie l’avancée des travaux ? 
Certains passants ou travailleurs qui me parlent sont d’ailleurs le fruit d’une rencontre photographique. D’autres « miraculés de la ville » comme ce baroudeur a l’air familier du « Cochon serveur » savent agrémenter ma ballade d’une empreinte « Titi Parisienne » ! L’œil aux aguets et l’excitation de l’inconnu comme compagnons de voyage, je ne les laisse pas si facilement repartir dans l’immense jeu de l’oie de la Villette. 
Je poursuis l’aventure en arpentant l’emblématique Avenue Corentin Cariou, l’objectif rivé sur les anciens abattoirs de la Villette… Ici sonne l’heure du « Tango des Bouchers » comme le chante vigoureusement Boris Vian. 
Etalages de viande fraîche, têtes de veau et tabliers blancs aux tâches rouge sang titillent mon objectif. Toujours bien accueillie dans ces innombrables boucheries, je vois la vie en rouge ! Des rencontres qui m’encouragent et entretiennent le goût de l’agréable imprévu. 
Au fil des rendez-vous, ces rues noyées sous les vagues des travaux deviennent une riche source d’inspiration. Le capharnaüm Kafkaïen de la Villette a du caractère, une âme à part entière qui me poussent à poursuivre mon chemin de jour comme de nuit. Et dans le doux vacarme d’un soir, des amis savourent un dernier godet… 

Adeline Sureau

lundi 7 décembre 2009

LA PORTE DE CLICHY vue par Uriel



Mère de la Chapelle, Marraine de Clignancourt, Sœur aînée de Saint-Ouen et parente de bien d’autres, la Porte de Clichy est à l’image de sa famille populaire recomposée. Avec leurs âmes multicolores, chantiers d’envergure, bars et petits commerces en tout genre et leur carrefour « périfleurique », toutes offrent aux regards bienveillants une richesse inépuisable. Pourtant, si d’apparence elles se ressemblent, ce n’est qu’en écoutant vivre chacune qu’on peut en découvrir les facettes propres, ne serait-ce qu’une seule. Dans ma quête obsessionnelle, celle qui m’a touché chez Clichy, c’est sa « bruyante discrétion ».

J’ai ouvert la porte de Clichy plusieurs fois et de différentes manières. D’abord fermée à clé, je l’ai forcée, armé d’une excitation naïve et d’un appareil à la gâchette facile. Entre espionnage, imposture et prétention, j’en suis ressorti les poches pleines de clichés mais vide de sens. Alors la fois suivante, j’ai œuvré sans forcer, cherchant patiemment un de ses secrets et surtout le moment propice pour tirer son portrait, mais encore une fois… sans succès : trop refermée, trop sur le qui-vive, elle me boudait et mes photos aussi. J’ai digéré cette résistance, puis j’ai regardé à nouveau mes clichés et j’ai fini par comprendre que cette porte ne m’ouvrirait sans grincer que si l’errance était mon guide.
J’ai donc emprunté cette voie intérieure. Désormais fondu dans le décor, j’ai traversé, zoné, cherché à l’imiter et c’est dans ma propre solitude que j’ai trouvé l’affinité. Aussi esseulé que mes sujets, je les ai rencontrés sans paroles, sans sourire, transparent. Certaines photos en sont le témoignage, vous les reconnaîtrez…
Les autres ne sont pas une trahison et ne remettent en cause rien de ce que je viens de vous livrer. Au contraire, elles ne font que compléter cette partition. Certaines ont été prises au début de mon périple alors que mon regard flirtait sans estime et d’autres sont le reflet d’une assurance gagnée par un nouveau regard, averti et solidaire.

Cette série n’a pas pour ambition de cerner la Porte de Clichy mais de témoigner d’un voyage initiatique, infime et d’une rencontre éphémère, intime.

Uriel Jaouen-Zréhen